J’ai posé mes pinceaux

J’ai posé mes pinceaux

Je compte habituellement deux périodes créatives intenses dans l’année. L’arrivée de l’Automne (comment ne pas s’abandonner et se laisser porter par cette explosion de couleurs chaudes et de senteurs enivrantes ?) et le début du Printemps, période pendant laquelle l’Atelier vibre au rythme de la montée de sève et du chant des passereaux.

L’Hiver, je suis plutôt en mode ourse solitaire, camouflée au fond d’un plaid avec une tasse de café fumant dans l’attente de jours plus lumineux (enfin, ce serait réellement le cas s’il n’y avait pas Noël et toute la préparation qui va avec !). Quant à l’Eté… Haa l’Eté. Essayez seulement de vous imaginer un pyrograveur à la main alors qu’il fait 40°C dehors et presque autant sous le toit, vous aurez ainsi une petite idée de ma motivation à allumer mon compagnon de travail plus qu’il n’est nécessaire durant cette saison !

D’ailleurs, nous y voilà arrivés, en Eté. Or cette année, le constat est sans appel : la fièvre de l’inspiration printanière ne s’est pas tellement manifestée. J’ai au contraire souvent du lutter contre moi-même pour arriver à sortir quelque-chose de mes outils et de mes crayons. J’avais pourtant des plans, des objectifs… Un arsenal de todo list et de plannings. Parée à toute éventualité ! Hmh, visiblement pas à toutes.

Quelles en sont les raisons ? Peu importe finalement, j’ai arrêté de m’y intéresser pour mieux me concentrer sur le reste. Sur ma petite flamme intérieure, qui brûle de cette envie de créer, mais que j’ai étouffé à force de la contraindre et de la diriger vers ce que d’autres attendaient. « Tu devrais faire ceci », « Tu n’as qu’à faire comme ça », « pourquoi est-ce que tu n… »

Shhhht. Silence. Désormais j’ai décidé de m’écouter, moi, avant d’écouter les autres. Pour rétablir l’équilibre, et vous offrir le meilleur de moi-même. Parce que si Lune de Sève continue son petit bout de chemin, c’est certes en grande partie grâce à vous qui me soutenez, mais le point d’origine, la base de tout, c’est une petite graine créative que j’ai souhaité faire germer, une graine qui n’appartient qu’à moi, qui est née en moi, qui fait partie de mon essence et me nourrit chaque jour qui passe.

Si cette graine venait à disparaître, l’Atelier s’arrêterait avec elle, c’est aussi simple que ça. Or, en faisant le bilan des deux dernières années, j’étais loin de m’imaginer qu’un écart aussi grand s’était formé entre ce que j’imaginais pour l’Atelier à l’époque où ce n’était encore qu’un rêve et ce qu’il est devenu aujourd’hui.

Soyons clair, je suis fière de tout ce que j’ai déjà pu accomplir jusque là, et extrêmement heureuse de chacune des rencontres que mon activité a pu me permettre de faire (je radote toujours à ce sujet, mais c’est tellement vrai que je ne peux pas m’en empêcher ♥). Seulement voilà, j’ai l’impression d’avoir raté un croisement, de m’être trompée de route à un moment donné et, finalement, à force de mal lire les signes indicateurs, j’ai un peu perdu la direction que je voulais suivre au départ.

Mon credo depuis le début de cette aventure : ma spiritualité nourrit ma créativité et inversement. Et pourtant, ces deux dernières années, si la première a beaucoup évolué, la seconde n’a visiblement pas suivi le même rythme. Résultat des courses, aujourd’hui mes créations ne reflètent plus tellement ce que je suis, ce que je vis, ni ce que je souhaite exprimer.

Sautoir en bois pyrogravé, totem du cerf & feuillages

Il y a quelques semaines, j’ai failli tuer mon plant de sauge. Une erreur malencontreuse, une bête faute d’inattention qui lui a valu d’être complètement brûlée de l’intérieur. Après quelques temps passés à me désespérer de la voir si mal en point, observant ses feuilles brunir et mourir l’une après l’autre, j’ai attrapé une paire de ciseaux et l’ai rabattue complètement, taillée à ras, et advienne que pourra. Désormais, je contemple chaque matin les douces feuilles duveteuses qui sont revenues peu à peu, je les observe grandir petit à petit, me réjouissant de cette nouvelle croissance teintée d’un beau vert tendre, signe de vie et de vitalité.

Cette plante ne me permettra sûrement aucune récolte cette année, mais elle m’aura au moins rappelé ceci : plutôt que de lutter inutilement, mieux vaut parfois couper à la base, retirer les branchages perdus, et garder ce qui reste d’énergie pour que de nouvelles pousses puissent apparaître.

Il y a quelques jours, j’ai posé mes pinceaux, laissé de côté mes couleurs. Je m’en tiens à l’essentiel. Retour aux sources, et à la gravure.

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