Secrets de fabrication des runes

Secrets de fabrication des runes

« Sais-tu comment il faut les graver ?
Sais-tu comment il faut les interpréter ?
Sais-tu comment il faut les teinter ?
Sais-tu comment il faut les éprouver ?
Sais-tu comment il faut les prier ?
Sais-tu comment il faut leur sacrifier ?
Sais-tu comment il faut les offrir ?
Sais-tu comment il faut les immoler ? »

Les Dits du Très Haut (Hávamál)

Jeu de runes en bois brut

Si vous êtes familier des runes et de leur utilisation, qu’elle soit magique ou divinatoire, vous avez très certainement déjà eu l’occasion de lire le poème duquel est tiré cet extrait, surnommé le « Chant des Runes » (ou Rúnatal en vieux norrois). Un texte dans lequel le dieu Odin évoque la façon dont il a étudié et appris les secrets des runes, ce qu’il est possible d’en faire, comment les utiliser respectueusement et sans courir de risque.

De nombreuses traditions et rituels gravitent autour de la création des runes : elles doivent être réalisées à partir de matériaux naturels, gravées une à une à la main, colorées à l’aide de pigments d’ocre rouge, voire imprégnées de quelques gouttes de votre propre sang. Le point commun de tout ceci ? Permettre à leur créateur de se les approprier durant toutes les étapes de leur fabrication, de les « activer », de les charger d’une énergie personnelle, de créer une forme d’intimité avec elles.

Evidemment, pour moi qui propose des jeux de runes à la vente, c’est une autre affaire. Les demoiselles ne sont pas supposées rester liées à moi, mais bien s’attacher à leur nouveau propriétaire, et ce même si j’en suis la créatrice. C’est un équilibre à trouver, et même si je suis contrainte de m’éloigner un tout petit peu des traditions, toutes les runes sortant de mon Atelier sont créées avec une intention particulière, un état d’esprit propice à leur confection et à leur future utilisation.

En bref, sans aller jusqu’à leur faire un don d’hémoglobine, je ne les vois pas comme étant de simples et vulgaires bouts de bois gravés, et les fabrique en ayant conscience et en respectant cette idée.

Jeu de runes artisanales "Aegishjalmur"

J’ai développé au fil du temps une sorte de routine pour confectionner mes jeux de runes, une technique personnelle de fabrication dont je vous livre quelques secrets aujourd’hui, pour vous donner une idée de ce par quoi vos runes sont passées lorsque vous vous les procurez dans mon Atelier. J’imagine qu’en achetant un produit artisanal de ce type, vous espérez bien qu’une attention particulière leur aura été donnée, et vous avez parfaitement raison !

Qu’ils soient illustrés au dos ou non, personnalisés ou non, voici donc plusieurs petites choses que j’applique systématiquement lorsque je me lance dans la réalisation d’un nouveau set.

Une des bases dans mon processus de création est inspirée du galdr, et consiste à chanter les runes les unes après les autres pendant que je les grave sur leur support. De façon répétitive, un peu à la façon d’un mantra. Un détail que peu d’entre vous connaissaient jusque là je crois. L’important étant évidemment la compréhension du sens de la rune, de sa signification et de ses symboles, pour en imprégner la pièce de bois sur laquelle je travaille au même moment. Une visualisation pourrait éventuellement être ajoutée au chant pour le renforcer, mais je le fais très rarement (pyrograver les yeux fermés sur des rondelles de bois de moins de 3 cm de diamètre, vraiment ? 😛 ).

Pour le reste, le charme opère en combinant les quatre éléments au cours de la fabrication du set. Alors oui, ce n’est pas traditionnel comme façon de faire, mais ça fonctionne très bien pour moi, aucun conflit d’intérêt à déplorer jusque là. L’emploi des éléments est suffisamment neutre pour ne pas trop me lier moi-même au jeu en cours de fabrication, et suffisamment efficace pour éveiller les runes, les charger, leur insuffler un brin de magie.

Jeu de runes "Fenrir", motif empreintes de loup

Commençons par la Terre, présente grâce au matériau utilisé. Elle est le support sur lequel toutes ces runes vont venir s’inscrire, et chacune des pièces de bois employée est laissée le plus naturel possible pour en respecter l’essence. Puis viennent l’Air et le Feu, travaillant de concert durant toute la durée de fabrication. Le Feu par le biais de mon pyrograveur bien sûr, l’Air par la fumée qui s’en dégage (et me fait sentir si bon le bois brûlé pour le restant de la journée ♥ ), mais également par le souffle de ma voix lorsque je chantonne, penchée au-dessus de ma table de travail.

L’Eau enfin, est amenée avec la peinture du dos des runes, pour laquelle j’utilise principalement l’aquarelle, plus rarement l’acrylique. Il est d’ailleurs déjà arrivé que j’ajoute quelques herbes choisies à mon eau avant de m’en servir pour peindre un jeu, dans le but de renforcer l’ensemble ou de spécifier l’intention de départ.

Au final, c’est un travail complet et très apaisant, même s’il requiert une bonne dose de concentration du début à la fin, pour ne pas déraper sur une gravure et devoir recommencer, mais aussi pour ne pas me tromper de rune lorsqu’arrive la fatigue de la fin, et que je me surprends à murmurer Dagaz alors que je suis en train de tracer Ingwaz… (ne me jetez pas la pierre, ça ne m’est arrivé qu’une seule fois !)

Une dernière petite note concernant les sets de runes classiques et ceux d’apprentissage proposés depuis peu : ceux-ci sont les seuls à ne pas bénéficier de tout ce traitement durant leur conception. Ils sont une base, et je souhaite que chacun puisse se les approprier comme il l’entend, en partant de quelque-chose de (presque) complètement neutre. Et pour celles et ceux intéressés par les jeux d’oghams illustrés, sachez que j’ai à peu près la même façon de procéder, à ceci près que je chante évidemment les différents feda plutôt que les caractères runiques.

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